Il y a des jours ou vous passez une porte et ou vous ne savez pas que ça va changer définitivement votre regard sur le monde. Une fois passé le seuil vous rencontrez des gens font changer votre vie.

Ça m'est arrivé un lundi de septembre au début des années 90. En cherchant un moyen de ne pas faire mon service militaire (mon anti militarisme primaire), je m'étais intéressé au service civil, et j'avais choisi de le faire dans une association, tant qu'a perdre 10 mois de de ma vie, autant que ça puisse au moins être un peu utile...

Ce lundi de septembre donc je passait la porte des bureaux d'une association qui travaillait avec des sans domicile fixe. en me disant que j'allais peut être faire quelque choses de bien pour eux.

Ce que j’ignorai a l'époque c'est que je ne ferais pas plus pour eux qu'il ne feraient pour moi

Nous avons avancé ensemble, et finalement je dois plus a celles et ceux que j'ai rencontré qu'ils ne me devront jamais.

La ou j'avais pensé passer dix mois, j'ai passé 10 ans j'ai rencontré des centaines de personnes, celles qu'on accueillent et celles qui accueillent, j'ai partagé des histoires belle, tristes, heureuse, dramatique ou magique, j'ai découvert des gens avec une foi absolue, en Dieu ou en l'homme, j'ai bossé avec des salariés, des bénévoles, des gens de la rue, des anars et des militaires, des militants de droite et de gauche, des femmes et des hommes : des humaniste de tous horizons

J'ai appris des morts et j'ai pleuré, des naissances et j'ai souri, j'ai été invité a des pendaisons de crémaillère, j'ai partagé la nuit la plus longue de l'année avec des sans logis. j'ai vu naitre Un SAMU Social, des centres de soins et des accueils de jour. J'ai sensibilisé des gens au bénévolat et a l'engagement citoyen contre les exclusion. Bref j'ai adapté mon job de communicant a la manière de faire de l'association qui m'avais accepté en son sein.

Je n'ai pas communiqué sur la pauvreté, mais cherché a faire communiquer ceux qui la vivait et la combattaient au quotidien.

Parmi toutes ces rencontres, il y en a qui m'ont marqué plus que d'autre.

Philippe par exemple

J'ai toujours connu Philippe dans la rue.

parfois saoul, parfois non

Je l'ai vu prendre la décision de tous changer, et le faire (ou pas). je l'ai croisé un matin sur le bord de la gare décidant de partir pour Lourdes avec un train de pèlerin, et décider pour le temps d'un pèlerinage de se faire brancardier.

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je l'ai vu participer a une fête de quartier et aider une petite fille toute triste à retrouver sa petite voiture égarée.

et nous avons discuté souvent

il y a un truc qui me reste de ces dialogues, souvent quand la colère devient trop grande, quand la discussion touche a des sujet sensible, quand on lui rappelle un rendez vous important avec l’assistante sociale, ou le médecin, il lève le ton, il se redresse il me regarde et de sa voix rocailleuse il me dit «Laurent J't'emmerde !».

La première fois ça ma fait tout drôle, je ne l'attendait pas...

Marianne, l'assistante sociale était a mes cotés, elle l'a regardé elle lui a souri et elle lui a dit : «Nous aussi on t'emmerde Philippe», il a souri, moi aussi

...Le «J't'emmerde » et le sourire sont resté dans nos échange

Un j’t'emmerde de Philippe c'est un sourire, un je t'aime pudique un aveux de faiblesse ou de reconnaissance, une déclaration d'amitié en un mot.

Quand je suis parti pour la Bretagne, on a fait une fête. Philippe et d'autres gars que j'avais croisés étaient la.

il m'a pris dans ses bras et m'a dit «J't'aime et J't'emmerde! prend soin de toi et de tes enfants...»

j'ai fait ça

Depuis je n'ai pas revu Philippe, la dernière fois que j'ai trainé dans les rues de la ville de mon enfance, il n'était pas là.

et puis hier il y a eu un article dans le journal

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Philippe a été hospitalisé en décembre

Pendant qu'il était à l'hôpital, au sein de l'asso chacun c'est activé pour lui trouver un lieu de convalescence (et même avec un peu de chance de résidence, il faut dire qu'il a 72 ans et que ce serait bien qu'il trouve un endroit pour se poser) , mais c'est long et difficile de trouver un lieu de vie.

apparemment trop pour certaines personnes de l’hôpital qui l'on déposé dans la journée du 31 décembre devant les portes du SAMU social vêtu d'une simple chemise d’hôpital.

J'aimerai juste dire «J't'emmerde » au type qui l'a viré de l'hosto avant d'aller réveillonner, histoire sans doute de ne pas surcharger ses stats d'occupation de lit, en se disant que de toute façon les SDF sont fait pour vivre et mourir dans la rue.

mais bien sur, je dis ça, je dis rien! (quoique)