Depuis une semaine, quand les Français ne parlent pas d’huîtres, de foie gras, du vin qui les accompagne ou du drone avec caméra qu’on a offert au petit dernier et qui est allé s’écraser dans le jardin du voisin, chez que le susdit petit dernier espérait secrètement voler des photos de sa femme à forte poitrine. Bref quand ils ne parlent pas des fêtes. Les Français s’étripent sur le projet d’inscrire la déchéance de nationalité dans la constitution.

Histoire de simplifier le débat, je te dirai tout de suite que je suis contre.

Pourquoi ? Parce que même si on prend bien soin de le dire, de le redire ou de le hurler ; dire que si un Français est binational, on peut lui enlever sa nationalité (s’il est terroriste) c’est malgré tout dire qu’il y a deux sortes de Français, ceux qui ne sont que français, et ceux qui sont binationaux.

Bref, c’est revenir sur ce mot qui est inscrit dans la devise de notre pays : « égalité ».

En effet, on crée une inégalité de traitement entre ceux qui sont français, « uniquement », et les autres.

Et alors, me direz-vous, ça ne concerne que les terroristes, les « braves gens » qui n’ont rien à se reprocher ne risquent rien…

Dites, sérieusement, vous n’avez pas l’impression d’utiliser un argument merdique là ? Un peu comme Sergey Brin quand il vous explique que Google vous flique pour votre bien et que si vous n’avez rien à cacher ça ne pose pas de problème ?

Dans les faits, si on va trifouiller les textes pour y faire rentrer cette histoire de déchéance, on crée une différence entre nos concitoyens, et au quotidien on renforce les arguments des bas de plafond (tendance nazillonne) du Café du commerce, qui pourront expliquer à ce Français un peu plus bronzé (ou au contraire blanc) qu’eux qu’il n’est finalement pas exactement un Français « comme eux ».

À mon avis, prendre ce genre de mesure risque de créer un climat pas très « fraternel » entre les Français de diverses origines (si si, rappelez vous la « fraternité » ce terme inscrit sur les frontons des mairies…)

Bon voilà les grandes lignes de mon refus du truc, on peut après si vous voulez en parler quelques heures (autour d’un plateau d’huîtres, de foie gras, ou des photos de la voisine).

Après il y a des trucs qui me dérangent dans la manière dont a lieu le débat entre ceux qui sont pour et ceux qui sont contre.

Déjà il y a des arguments un peu bancals

Le premier : Les sondages.

Pour les pros-déchéance, le fait qu’un sondage ait dit que neuf Français sur 10 étaient pour la déchéance de nationalité signifie que c’est ce qu’il faut faire…

Ho, les gars, vous parlez d’un sondage ! Un sondage, ce n’est pas la position du peuple, c’est ce qu’on essaye d’en déduire après avoir interviewé un millier de personnes sur 60 millions.

Si on commence à considérer que les sondages sont la décision du peuple, on peut se simplifier (énormément) la démocratie, on arrête d’aller voter (on sonde 1000 personnes et on garde le candidat qui a le plus séduit le panel), on arrête aussi de faire bosser des députés et les sénateurs (on envoie un formulaire Google a un panel d’internautes chaque semaine en leur demandent de cocher les cases qui les intéressent). à mon humble avis, dire d’un sondage reflète « exactement » l’avis de la population, c’est une peu du foutage de gueule

Le second : « le contexte est différent ...»

Quand on dit a un pro déchéance : tu te rappelles comme en 2010 tu étais contre la proposition de déchéance de nationalité pour les criminels qu’avait faite Sarko, l’argument qu’on te renvoie c’est : « le contexte est différent ». Un peu comme s’il y avait une échelle de valeurs pour les criminels. Ne m’en veut pas copain toi qui utilises cet argument, mais tu me rappelles le sketch des inconnus sur le « bon chasseur et le mauvais chasseur » qu’on pourrait rejouer comme çà.

— Le mauvais criminel ; il a tué des gens innocents (il les a peut-être aussi un peu torturés et violés aussi) et il mérite la déchéance.

— Le bon criminel lui, il a tué des gens innocents (il les a peut être aussi un peu torturés et violés aussi) mais comme il n’est pas terroriste c’est un bon criminel, on ne va pas le déchoir...

Tu le remarques le ridicule de la situation ?

Le dernier argument un peu bancal, c’est la symbolique.

Pour le pro déchéance, faire ce choix c’est brandir un symbole fort face aux terroristes. Permets-moi de te rappeler que la menace de la déchéance de nationalité ne va pas les arrêter. On raconte même que certains d’entre eux ont brûlé leur passeport. Ils trouvent, par contre que rappeler des principes comme « Liberté, Égalité, Fraternité », c’est s’agiter comme une puce pour des « principes ». Permets-moi de te rappeler que les principes, et « les belles phrases » sont importants dans l’identité de notre pays (autant que chanter la Marseillaise, ou que d’agiter des drapeaux tricolores). Permet moi de paraphraser un homme politique qu’on entend souvent, mais si on renonce a ces valeurs, « il n’y a plus de quoi pavoiser ».

Enfin il y a aussi « les arguments de la dernière chance » du niveau cours d’école, quand mes « gentils » interlocuteurs sont à bout d’argument bancal, ils me proposent au choix.

Soit : « être contre la déchéance de nationalité, c’est faire le lit du FN »

Voilà, voilà ; je fais le lit du FN. Excuse-moi copain si en étant contre la déchéance, je fais le lit du FN, toi, en étant pour, tu lui donnes un peu raison quand il explique à longueur de temps qu’il y a des Français pas vraiment français. Alors je comprends qu’en prenant des mesures « dures » et un peu injustes tu veux faire le mâle dominant à qui les nazillons n’ont rien à apprendre.

Mais si refuser une mesure que le FN aimerait prendre c’est faire le lit du FN, prendre cette mesure qui les satisfait, c’est un peu accepter de se rouler dans les draps avec lui.

Tu ne crois pas ?

Je sais ma réponse fait un peu cours de récré, mais tes arguments étaient du même niveau.

Le deuxième argument de la dernière chance, c’est : « être contre la déchéance de nationalité c’est être un bobo intellectuel »...

Non t’es sérieux ?

Là, tu touches le fond copain. tu viens de t’entendre.

Si être contre c’est être un bobo intellectuel...

Alors, être pour c’est le contraire...

Donc si je t’entends bien, on va dire le contraire...

« Être pour la déchéance de nationalité, c’est être un moche moche un peu crétin ».

Et je sais bien que tu n’es pas comme ça.

C’est sans doute un argument dû à l’abus d’huîtres, de foie gras ou de photos de la voisine

Mais tu le sais bien comme toujours, je dis ça, je ne dis rien.