Tu le sais ami lecteur, je ne suis pas super bon pour faire des billets sur l’actualité à chaud.
Alors je me permet de revenir à froid sur le fameux hashtag #balancetonporc. Qui plus est avec un regard de « mâle blanc » bref c’est pas gagné.

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Il fût un temps ou les porcs pensaient que tout baignait pour eux...

 

Je pourrais te refaire l’historique du truc : Weinstein la réaction de la journaliste Sandra Muller avec le hashtag #balancetonporc, et de la comédienne Alyssa Milano avec son #metoo les milliers de tweets qui suivent; de célébrités ou d’anonymes, qui « dénoncent » les harceleurs, ou simplement témoignent d’un « harcèlement ordinaire »… les cris de vierges effarouchées de celles et ceux qui y voient une chasse aux sorcières, les pitoyables tentatives d’humour de certains pour décrédibiliser cette vague « populaire » de témoignages de femmes. Mais en fait tu sais déjà ami lecteur, tu n’as pas besoin de moi pour te raconter l’histoire.

 

De la valeur thérapeutique du témoignage

Combien de fois ces dernières semaines, j’ai entendu « hou c’est pas bien de dire tout haut sur les réseaux sociaux, ce qui devrait être dit lors d’un dépôt de plainte dans un commissariat ». Sauf que le problème est bien plus complexe. Il y, a bien sur tous ces tweets qui ont cités le nom « d’agresseurs » plus ou moins connus : artistes, journalistes, politiques… que nombre de chroniqueurs et néanmoins « amis » de ces harceleurs se sont empressés de présenter comme des victimes de la vindicte populaire.

Mais il y a aussi cette remarque que font bien des femmes : C’est difficile de porter plainte, parce qu’il y a toujours ces questions dérangeantes qui visent à savoir «s’il s’agit bien d’une agression », si la victime n’est pas « un peu responsable », tout ces « si » qui mettent les victimes si mal a l’aise au moment de porter plainte et forcent la plus part d’entre elle a ne pas témoigner.

Mais ce fameux #balancetonporc se sont aussi des tweets anonymisés, qui ne citent pas forcément une personnes, mais décrivent, une agression, ou une attitude « déplacée » d’un homme face à une femme. Des exemples par milliers de comportements plus que limites.

C’est un moyen pour les femmes de « libérer la parole » d’oser dire un malaise une crainte une exaspération de ce qu’elles vivent au quotidien. Un moyen aussi de prendre conscience qu’elles ne sont pas seules.

Au fil des heures et des jours qui passent c’est aussi voir apparaître dans Twitter des messages de femmes qu’on connaît, des blogueuses, des amies, des collègues qui elles aussi à travers ce #balancetonporc témoignent de ce rapport femmes/hommes qui dysfonctionne. C’est voir les réponses dédaigneuses et agressives que laissent des imbéciles à coup de 140 caractères (ou 280 c’est beau le progrès) c’est prendre conscience que ce n’est ni une histoire de séduction maladroite, ni d’incompréhension mutuelle, mais une guerre de pouvoir de l’homme sur la femme.
C’est enfin, est c’est çà le plus dur, de prendre en pleine gueule que ce n’est pas un truc éloigné, une histoire de producteurs qui fument le cigare et d’actrices qui rêvent de paillettes. Et que les porcs dont on parle ne sont pas si loin. qu’ils sont sans doute (bel euphémisme) dans ma ville et dans ma rue.

Mais finalement quelle sorte de porc je suis?

Finalement tu en viens a te dire que cette question de rapport homme/femme est, que tu le veuille ou non, au coeur de ton quotidien.

Tu prends conscience que bien malgré toi dans ce conflit qui apparaît au grand jour tu es du coté de ceux qui peuvent être les agresseurs.

Je t’explique; je fais partie des gens qui ne se sont jamais posé la question du féminisme. Non pas parce que je suis un homme et que çà ne me regarde pas, mais au contraire parce que j’ai passé la plus grande partie de ma vie dans un monde en majorité féminin.

Enfant j’ai grandi entouré de cousines. j'ai été élevé et éduqué par une mère, des tantes, et des grands mères Alors autant te dire que dans mon enfance on ne faisait pas de grosse différence entre les filles et les garçons. Plus tard quand j’ai commencé à bosser, j’ai intégré une association dont la plus part des salariées et des cadres étaient de femmes (et ou nous étions aussi mal payés les uns que les autres), donc la question des différence homme femmes au travail ne m’ont pas vraiment touché du plus si tu suit l’actualité des blogs tu sais que ma future-ex-femme est on ne peut plus sensible a ces thématiques d’égalité, ce n’est donc pas un sujet qui entre nous a pu faire débat, nous sommes d’accord la dessus

Bref, je suis sans doute victime d’une bulle de filtre (mes étudiants vont se foutre de ma gueule tant j’essaye de les mettre en garde contre cela) mais dans mon monde ces thématiques d’égalité hommes femme vont de soi et les différences hommes/femmes sont le fait de crétins bas du plafond. Et c’est sans doute çà mon problème, un soucis de foi aveugle en le fait que nous somme hommes et femmes égaux, et que les porcs, les harceleurs ne sont qu’une minorité.

Alors oui un truc comme balance ton porc me bouleverse car il libère une vérité d’une ampleur que mon regard d’homme ne peut évaluer, qui m’inquiète et me fait me poser des milliers de questions.

Enfin des questions qui me ramènent toute a une question principale:

finalement ces comportements (par dela les) limites de certains de mes contemporains mâles ne viennent ils pas complètement fausser les relations entre hommes et femmes ?

Certes tous les hommes ne sont pas des violeurs, et toutes celles qui ont twitté #balanceton porc ne se sont pas faites violer.

Et pourtant,

Pourtant en discutant ces dernières semaines, je réalise que PAS UNE SEULE des femmes avec qui j’ai eu l’occasion de parler du sujet ne m’a dit « non, je n’ai jamais eu à faire à des comportements déplacé ». qu’il s’agisse de condescendance appuyée, d’une tentative d’approche lourdingue, d’une remarque salace, d’une main au cul (ou ailleurs), d’une « demande de 06 », d' insultes…

Pas une seule ne m’a dit qu’elle n’avait jamais rien vécu de tel.

Certaines m’ont dit qu’elles évitaient des lieux, des tenus des attitudes, qu’elles adaptaient leur comportement un public.

Pas une seule ne m’a dit qu’elle se sentait pleinement rassurée dans l’espace public, que rien ne l’inquiétait quand elle rencontrait un homme pour la première fois

Ca signifie que 50 % (au moins) de la population de la planète sait qu’elle se trouve potentiellement en « danger » quand elle est au contact des 50 % restant. Parce que rien ne lui garanti qu’il n’y a pas une chance (ou une malchance) de tomber sur un lourdingue ou un harceleur quand elle est face à un mâle de l’espèce.

Oui et alors ?

Et alors ?

Et bien quand tu prends conscience de ça tu réalise un truc horrible, c’est que même si toute ta vie,  ton éducation et ton quotidien, te font penser que tu n'es pas un porc, rien ne dit qu'on te ne te vois pas  comme un potentiel danger.

Et là tu t’interroge : « dans ce que que je dis, dans ce que je fais, dans la manière dont je me conduits, y a t’il des choses qui pourrait choquer, inquiéter, faire penser que…

et franchement je n’aime pas çà du tout

je n’aime pas être obliger de me poser des questions (qu’au fond de moi je ne pense pas avoir à me poser) à cause d’un porc qui pas un instant ne réfléchit ou ne voudra réfléchir.

Alors les filles, les femmes , mes amies mes cousines, mes lectrices… balancez ceux qui sont des porcs , expliquez et réexpliquez et répétez encore à ceuxqui le sont ou ne le sont pas. Ne vous laissez pas intimider par des pseudos éditorialistes et portes paroles d’une bienséance hypocrite.

Et merci de partager votre détresse qui nous aide a comprendre et qui de tous cœur je l’espère aidera l’autre moitié du monde à changer

 

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